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L’exception bergenoise

avril 5, 2008

 

    L’été est à la porte. Les rues s’emplissent à nouveaux de Bergenois cherchant le soleil, et les premiers touristes se laissent apater par les offres plus ou moins intéressantes du fameux marché au poisson. On les reconnaît facilement: leur regard recherche fébrilement une direction, leur façon de s’habiller les distingue radicalement des autochtones ( ils ne portent pas les bottes très in de Ilse Jacobsen dès qu’il pleut). Ils sont perdus ou désorientés, mais frétillent d’étonnement.

     Prenons par exemple un groupe de français, que je connais très bien. Ils commencent souvent leur expéditition en Norvège par la découverte de la capitale. Ensuite, ils passent quatre jours au coeur de la Norvège profonde et sillonent les fjords, pour enfin arriver à Bergen.

”C’est bien plus beau qu’Oslo”, disent les uns. “Comme cela fait du bien de revenir en ville”, disent les autres.

Ils ont beaucoup entendu parler des Norvégiens au cours de leur circuit. En gros, ils retiennent que ces gens aiment les compromis, sont des paysans en ville, sont très introvertis (en d’autres termes, l’ opposé des français). Et voilà que se présente une exception, et pas des moindres:

     Mesdames et messieurs, sachez que vous venez de pénétrer dans l’enceinte d’un royaume dans le Royaume. Celui-ci a ses propres rites, son âme propre, son identité propre. Les piliers de la société se nomment les Archi-bergenois (Erkebergenser), et l’équipe est Brann.

     Les touristes ne savent pas que derrière ces murs, la ville abrite une fierté aussi étendue que la région parisienne. Une fierté qui vaut mieux que la loi de Jante. Non, cette dernière ne pourrait même pas entrer en vigueur en France, le pays de l’élitisme. Mais les Bergenois ont autre chose en commun avec les Français, notamment des ’baudroies’ (expression familière pour designer ‘les grandes gueules’ de Bergen) partout.  

     Tandis que les touristes ignorants suivent les guides vêtu(e)s de rouge tout au long des rues de la ville à la découverte de ses trésors, ils ne savent pas ce qui s’y trame.

     Oui, à Bergen, ils savent aussi susciter l’agacement; on peut être tenté de vouloir les effrayer avec le tuyau d’arrosage, mais admettons-le: ils rendent les Bergenois fiers de leur ville, ils leur rappellent qu’ ils ont un patrimoine de valeur, qui nourrit leur identité culturelle et leur attachement imaginaire à la ville.

     Un Bergenois dit: ”Je ne suis pas de Norvège, je suis de Bergen.“ Un Bergenois n’est pas un Stril (habitant de la banlieue de Bergen).  Mais alors, qu’est-ce qu’ un Bergenois? Ont-ils vraiment quelque chose de norvégien?

Si on se concentre sur le célèbre patriotisme à sauce la Bergenoise, il paraît presque non-norvégien vu de l’extérieur.

Je me représente souvent Bergen comme un individu avec sa personnalité propre. Et en y regardant de plus près, on peut se rendre compte qu’elle se distingue clairement de la conception que l’on se fait habituellement de la Norvège et des Norvégiens. A Bergen, on n’a pas peur de se valoriser, de se mettre en avant, d’être arrogant, et l’abnégation ne fait pas partie du vocabulaire. C’est  pourtant ce qui a imprégné la mentalité norvégienne depuis le Håvamål (Les Dits du Très-Haut) jusqu’ aux discours de Ole Hallesby.

     Bergen a sans aucun doute son genius loci. Il s’agit de l’interaction entre tous les élements qui contribuent à donner à la ville son cachet particulier et son atmosphère. Cela implique l’harmonie entre les paysages, l’ architecture, et les gens qui y vivent.

     Certains parlent encore de Bergenois professionnels, pour désigner tous ceux qui contribuent à faire de Bergen une ville connue sur la scène nationale et internationale, comme par exemple Gunnar Staalesen 

Alors, qu’ ont-ils de si particulier, ces Bergenois ?

       Ils sont en tout cas un phénomène à découvrir. 

Diane Berbain

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