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Quatre aspects de la mentalité norvégienne

avril 26, 2008

 

Dans son ouvrage intitulé « Enhjørningen », la licorne, l’auteur André Bjerke souligne quatre aspects de la mentalité d’après-guerre:

1. L’idéal d’égalité norvégien:

« Si tu fais une tête de plus que nous, qu’on te la coupe ». C’est, d’après André Bjerke, une loi secrète de la Norvège. L’idée que les hommes sont différents n’est pas unanimement approuvée en Norvège, la société norvégienne étant anti-élitiste. Ce mépris typiquement norvégien de l’élitisme a été également caricaturé par Aksel Sandemose, dans son roman « Un fugitif revient sur ses pas » (En flyktning krysser sitt spor, 1933). Sandemose y exprime la fameuse loi de Jante.

La philosophie de Jante, ou la peur de se mettre en avant a de profondes racines en Norvège. Cette idée est déjà récurrente à l’époque pré-chrétienne. « L’orgueil mène au déclin » (hovmod står for fall), est une des avertissements du Håvamål (Les Dits du Très-Haut). Il s’agit de prévenir du danger d’aller à contre-courant en se mettant en avant, en se faisant remarquer aux dépens de la communauté. Et c’est justement cette attitude poussée à l’extrême qui imprègne la société de Jante: « Tu ne dois pas croire que tu es quelqu’un! ». L’idéal d’égalité à donc influencé une grande partie de l’évolution de la société norvégienne.

Ceci est visible dans le système scolaire. L’école norvégienne se doit d’être « une école pour tous ». L’intention n’est pas seulement de former une petite élite, mais de donner une formation solide à tous. C’est pourquoi l’usage des notes a toujours été rencontré avec scepticisme dans le milieu de l’enseignement.

Pour ces mêmes raisons, les élèves souffrant de troubles psychologiques ou d’ handicaps moteurs ont été intégrés à l’école traditionnelle, au lieu d’être placés dans des institutions spécialisées.

Cette attitude face aux différences sociales est un autre exemple. La volonté de parvenir au maximum au nivellement social est un des objectifs de tous les partis politiques en Norvège. Suite à la Seconde guerre mondiale, tous les politiciens se sont rassemblés pour mettre en place la sécurité sociale (une fierté de la Norvège) et un secteur public fort qui avait justement pour but d’assurer un avenir sûr à tous. L’idéal d’égalité se manifeste également dans l’attitude à l’encontre des nouveau-riches du pays. Ces milliardaires provoquent le mépris chez de nombreux norvégiens dans leur façon de dépenser leur fortune.

2. Le nationalisme

La mentalité norvégienne est imprégnée par la volonté de protéger sa singularité. Le nationalisme norvégien est un nationalisme de sang et de race, pas de terre. Il exclut et peut parfois conduire à la peur de l’étranger et à l’intolérance. De tels comportements se révèlent dans le débat sur l’intégration à l’Union Européenne, et la présence importante du parti du Progrès (le Front National norvégien) dans le pays.

Le nationalisme norvégien a des racines allemandes, et se distingue sur plusieurs points du nationalisme à la française. Même si la plupart prennent leurs distances avec l’Allemagne d’Hitler et la traditionnelle pensée élitiste allemande, on peut déceler des métaphores et des manières de penser qui sont encore présentes dans la mentalité norvégienne:

– La nation est une culture, une âme, un esprit. L’essence d’une nation ne se détermine pas par une civilisation ou des structures sociales externes.

– La nation est un peuple, une race (non pas une idée, des valeurs ou des idéaux)

– La nation est liée au sang. Norvégien tu es, Norvégien tu ne peux devenir. C’est pourquoi le nationalisme norvégien a tendance à exclure.

– La singularité de la Norvège est en relation avec les idéaux germaniques et protestants, tels que la pondération, la famille, la peur de Dieu et l’auto-discipline.

– Les racines de la nation se trouvent à la campagne. Le paysan était devenu, à l’époque romantique, le symbole même de la Norvège. 

3. Le puritanisme protestant:

Le puritanisme a eu une position très forte, surtout dans l’Ouest du pays (Vestlandet). La mission intérieure et autres sectes ont exercé une grande influence dans la société, ce qui se manifeste dans la politique norvégienne de l’alcool, le débat sur la loi pour l’avortement et celui sur l’enfer dans les années 50.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent l’influence significative du protestantisme en Norvège. On peut penser à l’engagement actif des chrétiens dans la résistance pendant la guerre. Les hommes du puritanisme ont pour cette raison été liés au nationalisme et au combat pour l’indépendance du pays. Le fait que la religion ait eu de bons et puissants prêcheurs (comme Ole Hallesby) peut être une autre raison. Enfin, il est possible que l’abnégation caractéristique du protestantisme se marie bien avec la loi de Jante et la crainte de se mettre en avant, qui a des racines très anciennes. 

La mainmise du puritanisme sur les Norvégiens s’exprime de diverses façons:

Entre autre dans cette singulière attitude face à la richesse: c’est une bonne chose, à condition qu’on ne l’expose pas. Cette position peut être interprétée comme la synthèse de l’éthique du travail protestante, d’une part, qui veut que le fait de gagner de l’argent soit un « devoir moral », et la peur de se valoriser, d’autre part, qui contraint à dissimuler sa richesse.

4. La guerre des langues:

La querelle pour une langue écrite norvégienne a été un débat enflammé pendant de nombreuses années et a engagé une grande partie de la population. Le lutte pour le nynorsk (néo-norvégien) doit être mis en relation avec le nationalisme norvégien et le combat pour le droit à l’autodétermination et à la particularité norvégienne.

 

Lectures recommandées:
Un roman: Peer Gynt, d’Henrik Ibsen

Et un texte (en anglais) à télécharger:
Norwegian Mentality: “Why They Always
Think They Do It The Best Way”
, par le professeur Ernst Åge Johnsen: 
norwegianmentality

Un texte en francais:
Norvège: la cohésion sociale en question, par André Grjebine au CERI:
Cohésion Norvège

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