Skip to content

La boisson

mai 4, 2008
tags:

(Le grand guide de la Norvège, Gallimard, 1992)

Le premier samedi soir qu’on passe à Oslo est souvent une expérience qu’on n’oublie pas. Au fil de la promenade, on est surpris du nombre de Norvégiens ivres qu’on rencontre sur son chemin. Si l’on est invité chez des amis, il faut s’attendre à les voir s’enivrer.

La réglementation en matière d’alcool, dans l’ensemble de la Scandinavie, est draconienne: prison ferme pour les automobilistes éméchés, interdiction de toute publicité pour l’alcool. Il existe de nombreuses associations de lutte contre l’alcoolisme. Chaque municipalité entretient un « comité de sobriété » et des régions entières pratiquent la prohibition. Alcool et prohibition sont donc deux sujets d’une actualité brûlante en Norvège et, souvent, les hôtes ouvrent devant leurs invités un débat sur la question.

La prohibition a toujours plus ou moins existé en Norvège. Au XXè s., la question de la prohibition a fait et défait des gouvernements. Et notamment en 1923, lorsque fut décrété un embargo total sur l’alcool, embargo qui ne put être respecté car la France et le Portugal étaient les principaux acheteurs de poisson norvégien, et ils le payaient sous forme de litres de vin. On fit donc une exception pour le vin français, mais dans la limite de 400.000 litres par an.

Le gouvernement suivant abolit la prohibition. Il nationalisa l’importation et la distribution d’alcool en Norvège, ce qui fait de l’État norvégien le plus gros acheteur d’alcool du monde. Ironie du sort pour un pays dont les dirigeants veulent contrôler les abus d’alcool.

Tout comme en Suède, l’alcool en Norvège est vendu dans des magasins d’État de la société Vinmonopolet, qui a le monopole du commerce des vins et spiritueux. Le client s’y sent aussi à l’aise que dans une salle d’attente de dentiste, tant on a eu souci d’éviter tout ce qui peut associer l’alcool au plaisir. Il faut avoir au moins dix-huit ans pour avoir le droit d’y faire ses courses. Mais grâce à ces magasins, l’alcool est en vente libre en Norvège, même si les prix se veulent encore dissuasifs.

Cela dit, ce sont les conseils municipaux qui accordent les licences de vente d’alcool aux restaurants et aux cafés. Et certaines régions sont réputées pour être plus strictes que d’autres à cet égard. Dans l’ouest de la Norvège, notamment, on peut arriver dans des endroits où l’on ne sert pas une goutte d’alcool aux repas à 100 km à la ronde! En outre, la coutume qui voulait autrefois qu’on ne boive pas ni ne serve à boire le dimanche est encore beaucoup plus respectée qu’on ne veut bien l’admettre.

Toutes ces mesures visent, on l’aura compris, à décourager le consommateur. Et de fait, les statistiques montrent qu’on consomme relativement moins d’alcool en Norvège que dans les autres pays d’Europe. En effet, les Norvégiens ne boivent jamais les jours de travail aux repas. Ils se contentent d’eau ou de lait.

Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi la consommation d’alcool leur pose un tel problème. On peut invoquer ici plusieurs raisons.

D’abord l’attrait de l’interdit, surtout chez les jeunes, excite les convoitises. Il faut parler également du fait que les Norvégiens ne savent pas boire et rester sobres à la fois. Comme ils se contentent d’eau ou de lait toute la semaine pour accompagner leurs repas, lorsqu’ils se mettent à boire les jours de congé, c’est pour s’enivrer méthodiquement. Cette perte de conscience collective conserve conserve un caractère organisé, qui donne à penser que ce comportement fait partie des moeurs norvégiennes. Cela a certes un côté pour le moins déconcertant pour le visiteur, mais déconcertés, les Norvégiens le sont sans doute aussi en nous voyant déboucher une bouteille à chaque repas.

On a aussi souvent invoqué les rigueurs du climat pour tenter d’expliquer cette façon de boire qu’ont les Norvégiens. C’est peut-être vrai en ce sens que, l’hiver étant long, les Norvégiens ont très tôt été confrontés à des difficultés de conservation de la nourriture, qu’ils résolvaient par la salaison. Les énormes quantités de sel ingurgitées expliqueraient la soif inextinguible dont ils ont souffert de tout temps.

Publicités

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :