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La politique étrangère de la Norvège au XXe siècle

mai 12, 2008

En 1905, la Norvège recouvre son indépendance, après 600 ans d’allégeance à ses voisins scandinaves. À cette époque déjà, on commence pourtant à percevoir ce que sera l’orientation générale de la politique étrangère norvégienne au XXe siècle : celle-ci semble reposer sur l’antinomie entre un courant ouvert sur l’extérieur et une tendance plus fermée et isolationniste.

Par Helge Blakkisrud

Cette perspective d’ouverture sur l’extérieur s’appuyait sur la spécificité géographique de la Norvège, pays bordé de mers au Nord, à l’Ouest et au Sud. La politique économique et la politique étrangère norvégiennes accordèrent donc tout naturellement une importance de premier plan aux intérêts maritimes – la pêche, la capture des mammifères marins, les transports maritimes, auxquels s’ajoutèrent plus tard les activités pétrolières. La Norvège trouvait là d’excellentes raisons pour chercher à occuper une place plus importante sur la scène internationale ; parallèlement s’imposait l’idée de plus en plus répandue que la Norvège appartenait au monde atlantique.

À l’opposé, nous rencontrons dans la conception de la politique étrangère norvégienne une tendance au repli et à l’isolationnisme qui n’a cessé de se manifester à travers un profond scepticisme sur l’opportunité d’une participation de la Norvège à une coopération internationale comportant des obligations. Cette aspiration à l’isolationnisme était à la fois le reflet de la situation géographique de la Norvège, nation périphérique, éloignée des centres économiques, culturels et politiques du monde, et de l’héritage de l’époque où elle se trouvait administrée à distance, depuis le Danemark ou la Suède. C’est cette dernière expérience qui eut pour conséquence le rejet par le peuple norvégien de tout ce qui pouvait avoir un caractère de supranationalité, ou ressembler à une ´ union ª.

DE L’UNION À L’OCCUPATION

Après 1905, l’opinion la plus répandue en Norvège voulait que le pays ne fût pas militairement exposé. C’est pourquoi, avec le ferme soutien du courant isolationniste prédominant, la Norvège cherchait à se tenir en dehors des tristes réalités de la politique des grandes puissances. La politique de sécurité de la Norvège et sa politique étrangère furent cons-truites sur la non-appartenance à une alliance en temps de paix conjuguée à un statut de neutralité en temps de guerre. Dans cette optique, les Norvégiens considéraient la Grande-Bretagne comme une garante de l’indépendance de la Norvège. Cet attachement à la Grande-Bretagne avait un caractère implicite, car il s’harmonisait mal avec la doctrine officielle du non-alignement et du statut de neutralité. Il s’agissait plutôt d’une position de réserve.

Pendant la Première Guerre mondiale, la Norvège tenta de mener une politique de neutra-lité impartiale. Toutefois, la Norvège étant une nation prédominante en matière de transports maritimes, ses intérêts furent mis à rude épreuve par cette politique de neutralité. En pratique, la Norvège finit par devenir un ´ allié neutre ª des puissances de l’Entente. Lorsqu’il fallut choisir son camp, ce rapprochement des puissances occidentales reflétait non seulement les réalités de la politique des rapports de force, mais aussi les intérêts norvégiens – économique et idéologique.

Expansion et sécurité collective dans l’entre-deux-guerres

L’entre-deux-guerres fut marqué, en Norvège comme dans le reste de l’Europe, par des conflits sociaux et économiques et par une fragmentation du monde politique. L’État libéral et le régime parlementaire tombèrent sous les feux d’une gauche inspirée par le modèle de société soviétique, et d’une droite marquée par les courants nationalistes et isolationnistes qui l’agitaient.

Malgré la fragmentation du monde politique, l’ambition de faire de la Norvège un pays plus grand ralliait une partie importante de la population. À l’initiative de la Norvège, un traité international, qui conférait au royaume la souveraineté sur le Svalbard, fut élaboré en 1920. La Norvège acquit ainsi le contrôle d’une région arctique s’étendant sur 62 400 km2, ce qui correspond à un cinquième de la superficie de la Norvège continentale. Les efforts de la Norvège pour annexer des régions de l’Antarctique – île Bouvet (1928), île Pierre Ier (1931) et terre de la Reine Maud (1939) – furent une autre manifestation de la politique d’expansion norvégienne. En revanche, la tentative d’annexion du Groenland oriental se solda en 1933 par un échec humiliant devant la Cour de La Haye.

Au cours de la même période, la Norvège apporta un soutien actif à la mise en place d’organisations consacrées à la sécurité collective. La création de la Société des Nations (SDN) en 1920 fut considérée comme le symbole d’un changement d’époque historique. Les interventions humanitaires de Fridtjof Nansen, aussi nombreuses que diverses, en faveur des prisonniers de guerre, des réfugiés et autres populations en situation précaire illustrent un aspect particulier de l’engagement international de la Norvège au sein de la SDN. Par son engagement personnel, Fridtjof Nansen contribua à établir une tradition norvégienne en matière d’aide humanitaire et d’assistance au niveau international. Au cours des années 1930, le système collectif se désagrégea peu à peu. Craignant que la Norvège ne fût entraînée malgré elle dans un conflit entre grandes puissances, le Storting adopta une ligne de politique étrangère qui se traduisit dans la pratique par un retour à une politique de stricte neutralité et d’isolement.

La Norvège sous la Deuxième Guerre mondiale – occupation de la Norvège et nouvelle orientation de sa politique étrangère

Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclata, à l’automne 1939, le Gouvernement norvégien était fermement décidé à poursuivre cette ligne neutre. Le rêve de conserver un statut de neutralité se brisa dans la nuit du 9 avril 1940, lorsque l’Allemagne envahit la Norvège. Au bout de deux mois de combats, la Norvège, non préparée et militairement faible, abandonna toute résistance. À la suite de cet événement, le roi Haakon VII et le Gouvernement norvégien s’exilèrent en Grande-Bretagne, où ils poursuivirent la guerre contre les Allemands aux côtés des Alliés. La principale contribution de la Norvège à la poursuite de l’effort de guerre fut l’action d’une importante flotte marchande dont le Gouvernement norvégien, en exil à Londres, s’était assuré le contrôle. La flotte jouait un rôle majeur dans l’approvisionnement des Alliés, mais près de la moitié du tonnage qu’elle représentait fut coulé au cours de la guerre.

Les leçons de la guerre poussèrent le Gouvernement en exil à Londres à procéder à une réorientation de la politique étrangère de la Norvège vers une coopération militaire avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Au cours des phases ultérieures de la guerre, l’idée d’une coopération atlantique en matière de défense fut toutefois éclipsée par la tâche de mettre sur pied une nouvelle organisation mondiale. En même temps, il était essentiel pour la Norvège d’établir aussi des liens amicaux avec l’Union soviétique, celle-ci étant devenue un puissant acteur sur la scène internationale et se trouvant, de surcroît, située aux confins du pays. Par ailleurs, les Norvégiens étaient redevables aux troupes soviétiques d’avoir amorcé la libération de la Norvège du Nord.

LA NORVÈGE AU TEMPS DE LA GUERRE FROIDE

Après la Deuxième Guerre mondiale, la Norvège continua de soutenir avec fermeté les solutions collectives de résolution des conflits et, en premier lieu, celles élaborées dans le cadre de l’ONU nouvellement créée. Le choix de Trygve Lie comme premier secrétaire général de l’organisation (1946-1953) renforça encore les liens entre la Norvège et les Nations Unies. Il fut une période pendant laquelle la Norvège chercha également à jouer le rôle de conciliateur, mais ce rôle s’effaça au fur et à mesure que les relations entre l’Est et l’Ouest se refroidissaient. En 1947-1948, sous la pression de la guerre qui s’était alors durcie, la question de liens plus étroits avec les puissances occidentales fut remise à l’ordre du jour. En 1947, la Norvège décida de participer au Plan Marshall. Par ailleurs, après que les tentatives de fonder une alliance défensive scandinave eurent échoué fin 1948-début 1949, la Norvège décida de se rallier au traité de l’Atlantique Nord.

La Norvège membre de l’OTAN

L’appartenance à l’OTAN impliquait un changement de cap dans l’histoire de la Norvège, en même temps qu’un approfondissement des relations avec les puissances occidentales dans un cadre formel d’obligations réciproques, bien délimitées. La caractéristique la plus évidente de la politique atlantique de la Norvège pendant la guerre froide tenait à l’antagonisme entre volonté d’intégration et non-engagement. D’une part, les autorités norvégiennes étaient très favorables à une coopération atlantique. D’autre part, ces mêmes autorités cherchaient à maintenir les distances en se gardant de certains aspects de cette coopération.

Deux aspects de l’intégration de la Norvège au bloc occidental méritent plus particulièrement d’être relevés. En premier lieu, les États-Unis constituaient désormais le principal point de référence de la Norvège, l’OTAN devenant le cadre collectif essentiel d’une garantie américaine bilatérale. En second lieu, un sérieux réarmement et une solide intégration militaire furent entrepris dans le cadre de la coopération atlantique, procurant à la Norvège une aide substantielle par le biais du programme américain d’aide militaire et du programme d’infrastructure de l’OTAN.

Sous d’autres rapports, la Norvège apparaissait comme un allié conditionnel. L’idée était qu’une détente dans le Nord pouvait contribuer à freiner la lutte d’influence des grandes puissances. La politique de non-engagement se manifesta avant tout par les limites que la Norvège s’imposa dans sa participation à l’OTAN :

la Norvège refusa d’ouvrir sur son territoire national des bases destinées aux forces armées des puissances alliées, aussi longtemps qu’elle ne serait pas attaquée ou ne ferait pas l’objet de menaces d’agression ;

les autorités norvégiennes n’autorisèrent pas l’installation d’armes nucléaires sur le territoire norvégien ;

les avions militaires et les navires de guerre alliés ne furent pas admis à entrer dans les zones situées à l’est du 24° de longitude, et les forces armées alliées n’eurent pas le droit de s’entraîner au Finnmark.

Coopération nordique et coopération européenne

À l’époque de la guerre froide, les questions de politique de défense et de sécurité dominaient l’ordre du jour de la politique étrangère. Elles n’avaient cependant pas l’exclusivité, et il convient notamment de souligner l’importance que revêtaient les questions relatives à l’intégration nordique et à l’intégration européenne.

En dépit de leur choix d’orientations différentes en matière de politique de sécurité, les pays nordiques fondèrent en 1952 le Conseil nordique. La coopération politique suscita une vaste harmonisation – comportant notamment la liberté de circulation des personnes sur le territoire de l’Union des passeports, le Marché commun du travail, et une politique concertée en matière de transports aériens. L’adhésion des pays nordiques à l’Association européenne de libre-échange (AELE), en 1961, stimula fortement les échanges commerciaux entre ces pays. Malgré quelques échecs on peut dire que, à l’époque de sa création, la coopération nordique fut un projet d’intégration interétatique unique en son genre.

Dans les années 1960, la question de l’adhésion de la Norvège à la Communauté économique européenne (CEE) fut également inscrite à l’ordre du jour. Traditionnellement, et à l’instar de la Grande-Bretagne, la Norvège s’était montrée distante à l’égard de cette coopération à dominante continentale. Lorsque la Norvège fit acte de candidature, en 1962, puis à nouveau en 1967, cela tenait pour partie au fait que la coopération dans le cadre de la Communauté était en passe d’être revitalisée, et que le Royaume-Uni et le Danemark s’étaient enquis des possibilités d’entrer dans la CEE. En 1972, le Gouvernement norvégien recommanda l’adhésion de la Norvège à la CEE. Mais à l’automne de la même année, une consultation populaire par référendum rejeta à une très faible majorité (53,5 %) la recommandation du Gouvernement norvégien. Par la suite, les relations de la Norvège avec la CEE firent l’objet d’un accord commercial bilatéral, tandis que sa coopération se poursuivait avec ceux des membres de l’AELE qui n’avaient pas souhaité sortir de cette organisation.

Gestion des ressources et questions énergétiques

L’une des autres questions importantes qui préoccupait la Norvège était celle de la gestion et de l’exploitation des ressources naturelles tant dans les profondeurs de son plateau continental qu’en mer. Avec l’introduction de zones économiques exclusives de 200 milles marins, les années 1970 connurent un nouveau paroxysme dans la lutte que se livraient les États pour annexer de grandes étendues marines. La Norvège, pays maritime, s’assura ainsi le droit de disposer de zones maritimes d’une superficie totale de deux millions de km2, soit cinq fois plus que la superficie de la Norvège continentale !

La nouvelle délimitation des frontières maritimes ne posa pas de problème particulier, exception faite du cas de la ligne de partage entre la Norvège et l’Union soviétique qui laissait subsister une zone de juridiction contestée d’environ 175 000 km2. Dans l’attente d’une solution définitive du conflit frontalier, la Norvège et l’Union soviétique conclurent en 1978 un accord, couramment dénommé ´ accord sur la zone grise ª, qui devait réglementer la pêche dans la partie méridionale de la zone litigieuse. Cet accord devait être provisoire, mais du fait de l’enlisement progressif des négociations relatives à la ligne de partage, l’existence de la ´ zone grise ª s’est inscrite dans la durée.

L’introduction de zones économiques exclusives de 200 milles marins permit à la Norvège de s’assurer le contrôle d’importantes ressources en pétrole et en gaz naturel. L’aventure pétrolière entraîna un bouleversement rapide de la société norvégienne, et partiellement dramatique, en raison d’un accroissement considérable du niveau de vie. En outre, les ressources en pétrole et en gaz mirent la Norvège devant de nouveaux défis en matière de politique étrangère. La question de savoir comment la Norvège se situerait par rapport aux autres pays producteurs, membres de l’OPEP, et par rapport à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), était au nombre des problèmes du moment. Tandis qu’une participation à l’OPEP était à l’époque jugée inopportune, la Norvège concluait en revanche un accord séparé avec l’AIE en 1975. La question des exportations de gaz constituait un autre problème. Au cours des années 1980, en pleine guerre froide, l’approvisionnement de l’Europe de l’Ouest en gaz naturel devint un sujet de discorde. De façon générale, la Norvège parvint à éviter d’être impliquée dans ce conflit.

LA POSITION INTERNATIONALE DE LA NORVEGE APRÈS LA GUERRE FROIDE

À la fin de la guerre froide, les nouvelles tendances globales du développement et de nouveaux enjeux ont eu pour conséquence de donner à la Norvège une position un peu plus marginale dans certains domaines, au terme du XXe siècle. C’est pourquoi la politique étrangère de la Norvège des années 1990 accuse plusieurs nouvelles tendances, mais conserve aussi de nombreux traits qui lui sont traditionnels.

La coopération régionale au sein du Conseil nordique et dans les régions septentrionales

Au cours des dernières décennies, les efforts de coopération des pays nordiques ont eu pour principale tribune le Conseil nordique. La coopération nordique a toutefois changé de nature du fait que, depuis 1995, à l’instar du Danemark, la Suède et la Finlande sont membres de l’Union européenne. Il en résulte que, dans les pays nordiques, l’élargissement de l’UE et le fait que la région de la Baltique est en passe de devenir un important champ de forces en Europe du Nord se sont traduits par un glissement de la politique des rapports de force de l’Ouest vers l’Est.

Les pays nordiques sont néanmoins largement favorables à la poursuite de la coopération nordique. Ils cherchent à maintenir leur collaboration informelle par des mécanismes permettant à leurs gouvernements de parvenir à la meilleure solution de concertation possible sur des questions jugées essentielles. Suite aux changements intervenus en Europe, la coopération menée ces dernières années a porté dans une mesure croissante sur la sécurité et la stabilité aux confins des pays nordiques – en Russie et dans la région de la mer Baltique – ainsi que sur les problèmes de politique européenne de sécurité et, de façon plus générale, sur les questions de coopération.

Instaurée en 1993 entre les cinq pays nordiques, la Russie et la Commission européenne, la collaboration dite de la Région euro-arctique de la mer de Barents constitue la principale initiative norvégienne en matière de coopération régionale avec les territoires limitrophes des pays nordiques. Cette collaboration fonctionne à deux niveaux – d’une part, au sein du Conseil de la région de la mer de Barents, dont la présidence est exercée tour à tour par la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie, et d’autre part au sein du Conseil pour les régions limitrophes, composé de représentants de chacune des collectivités ou autorités territoriales qui font partie de la Région euro-arctique de Barents, ainsi que d’un représentant des populations autochtones. Ce solide ancrage régional répond au souci de développer une coopération qui corresponde aux vœux de la région elle-même. Depuis 1992, la Norvège est également membre du Conseil des États de la mer Baltique, qui, outre la Norvège, réunit tous les pays riverains de la mer Baltique, ainsi que l’Islande et la Commission européenne.

La question de l’intégration européenne

Dans les années 1980, la Communauté européenne connut un nouveau souffle qui se traduisit notamment par la décision de mettre en place un marché intérieur. Les changements de régime en Europe de l’Est et la réunification de l’Allemagne dans les années 1989-1990 donnèrent au processus d’intégration un nouvel élan. Le changement de contexte international contribua immanquablement à remettre à l’ordre du jour la question de la participation de la Norvège à ce processus.

En 1992, pour faire face au défi que constituait l’entrée en vigueur du marché unique européen, la Norvège et les autres États membres de l’AELE, à l’exception de la Suisse, conclurent avec l’UE l’accord relatif à l’établissement de l’Espace économique européen (EEE). Par le biais de cet accord, nombre de principes essentiels des traités communautaires ont été étendus à l’ensemble de l’EEE, en particulier la réglementation relative au marché intérieur, c’est-à-dire les règles relatives à la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. En novembre 1992, le Gouvernement norvégien décida de faire un pas supplémentaire en demandant à nouveau l’entrée de la Norvège dans l’UE, mais une fois de plus la population norvégienne s’y opposa. Lors du référendum de novembre 1994, 52,2 % de la population vota contre l’entrée de la Norvège dans l’UE. Suite à ce rejet, la Norvège retourna donc à la coopération dans le cadre de l’EEE.

La mise en place progressive de l’Union économique et monétaire, par l’UE, et l’introduction de l’euro en 1999 supposaient une intégration européenne plus contraignante. L’UE fait aujourd’hui figure d’organe central de la coopération européenne, et les projets d’élargissement de l’Union aux pays d’Europe centrale et orientale jouent dans le sens d’un renforcement de cette position. Parallèlement, la Norvège est de plus en plus tributaire de ses échanges commerciaux avec l’UE – actuellement, 75 % des exportations norvégiennes sont destinés aux pays de cette zone. L’AELE, pilier de l’EEE, repose toutefois sur une base instable et comportant peu d’obligations, surtout depuis que ce club s’est rétréci, en 1995, à trois petits pays – à savoir l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège. Les possibilités qu’a l’AELE, et à travers elle la Norvège, d’influer sur le développement de l’UE restent donc modestes.

Pour ce qui est de la coopération des États membres de l’UE dans les domaines de politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et en matière de justice et de police, elle ne figure pas dans l’Accord sur l’EEE. Par conséquent, l’influence de la Norvège dans ces domaines reste relativement limitée. Certes, la Norvège a négocié un accord de coopération dans le cadre de la collaboration instituée par la Convention de Schengen. Mais, quant aux autres domaines, la Norvège tente de préserver ses intérêts grâce à des échanges d’informations permanents, et en présentant ses propres points de vue par le biais de divers mécanismes de concertation avec l’UE. Dans ce contexte, le maintien de relations diplomatiques bilatérales dynamiques avec chacun des États membres de l’UE revêt toute son importance.

Autres organisations européennes de coopération : le cas de l’OSCE

Compte tenu du fait qu’elle n’est pas membre de l’UE, la Norvège a cherché à promouvoir l’importance d’autres organisations européennes de coopération dont elle est membre à part entière, et au premier rang desquelles figure l’OSCE. Instaurée dans les années 1970, la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) fut d’abord une tribune dédiée au dialogue et à la coopération au-delà du clivage Est-Ouest. Au cours des années 1990, elle a connu d’importants bouleversements symbolisés par son changement de dénomination en 1995 : la CSCE est alors devenue l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La Norvège a participé de façon active à la mise en place de la ´ nouvelle ª organisation, en particulier pendant la présidence norvégienne de l’OSCE, en 1999. L’attention portée par l’Organisation aux droits de l’Homme, à l’État de droit et aux principes démocratiques correspond parfaitement à la forme de politique d’engagement qui caractérise la politique étrangère de la Norvège à la fin du XXe siècle. La Norvège a également apporté son soutien aux activités de l’OSCE en matière de prévention des conflits et de développement de la capacité à gérer les crises.

Les efforts déployés par l’OSCE pour s’imposer en tant que pivot de la mise au point d’une nouvelle architecture européenne de défense dans l’après-guerre- froide rallient le courant des eurosceptiques norvégiens. En dépit de l’idée largement admise qui veut que l’OSCE occupe un rôle de premier plan dans l’élaboration de nouvelles formes de coopération, il est finalement apparu évident que d’autres organisations auront un rôle plus important à jouer en matière de maintien de la sécurité sur le continent européen. C’est pourquoi les autorités norvégiennes ont considéré que leur contribution à une répartition judicieuse des tâches entre l’OSCE, l’ONU et d’autres organisations régionales et transatlantiques devait constituer une priorité.

La coopération au sein de l’OTAN et l’UEO

Au nombre de ces organisations figure l’OTAN, qui demeure une pierre angulaire de la conception norvégienne de la sécurité. À une époque où l’attention portée au flanc nord de l’Europe a considérablement diminué, la Norvège cherche à véhiculer l’idée qu’il est nécessaire de conserver des liens transatlantiques forts et de maintenir un engagement américain dans les régions du Nord. Elle s’en tient néanmoins, pour l’essentiel, aux limites qu’elle s’est imposées, la seule exception portant sur les restrictions qui concernent la tenue d’exercices d’entraînement militaire au Finnmark et qui se sont révélées être un obstacle aux visites d’autorités étrangères et à la coopération militaire dans le Nord, que ce soit avec les troupes alliées ou avec les forces russes. C’est pourquoi, depuis l’automne 1995, les autorités norvégiennes autorisent une présence militaire un peu plus importante dans cette région septentrionale du pays.

Après la guerre froide, l’OTAN a cherché à jouer un rôle de conciliateur en Europe. Les autorités norvégiennes ont apporté leur soutien au développement des relations de l’organisation avec les pays d’Europe centrale et orientale, que ce soit à l’occasion de la création du Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA, antérieurement CCNA) et du Partenariat pour la paix (PPP), ou encore lors de l’élargissement de l’OTAN à l’Est. Il s’agissait ainsi de renforcer la sécurité et la stabilité en Europe tout en évitant que ces nouvelles tâches affaiblissent l’OTAN dans le rôle qui lui a été dévolu par le Traité à l’origine. La Norvège a également participé aux forces de maintien de la paix de l’OTAN en Bosnie (IFOR/SFOR) et au Kosovo (KFOR).

Par ailleurs, le processus européen d’intégration a eu pour effet de reporter l’attention sur la composante européenne de l’OTAN. Au cours des années 1990, les Européens décidèrent de développer une identité européenne de sécurité et de défense (IESD). En 1992 la Norvège est devenue membre associé de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et participe ainsi, ´ à moitié ª, à la coopération européenne. La Norvège a soutenu le processus visant à renforcer le potentiel européen de sécurité et de résolution des crises, mais reste consciente du fait qu’elle risque d’être marginalisée au fur et à mesure de l’intégration de l’UEO à l’UE. Les intérêts de la Norvège vont donc dans le sens d’une coopération étroite entre l’OTAN et l’UE, le potentiel européen de gestion des crises devenant alors partie intégrante d’une approche transatlantique commune.

La coopération mondiale au sein de l’ONU

Les changements de régime intervenus en Europe de l’Est au début des années 1990 ont marqué le coup d’envoi d’une nouvelle donne en matière de coopération mondiale. Au vu du nombre croissant de tâches collectives auquel est confrontée la communauté internationale, les autorités norvégiennes considèrent que le développement de la coopération au sein du système des Nations Unies est de la plus haute importance. Sous ce rapport, l’une des priorités de la Norvège en matière de coopération internationale a été de contribuer au renforcement des activités de maintien de la paix de l’ONU par la mise au point de nouveaux mécanismes de règlement des conflits et de diplomatie préventive, et par le recours plus fréquent aux opérations de maintien de la paix. La Norvège participe largement, et depuis longtemps, aux opérations de maintien de la paix dans le cadre de l’ONU, en y engageant des troupes – et plus de 55 000 Norvégiens au total ont servi dans les forces des Nations Unies depuis 1947.

La contribution à une réforme institutionnelle du système des Nations Unies dans le but d’en accroître l’efficacité et la pertinence constitue un autre domaine prioritaire pour les autorités norvégiennes. La Norvège a également servi de catalyseur des efforts accomplis pour renforcer au sein de l’ONU une coopération dans le domaine des relations Nord-Sud, en l’assortissant d’obligations, et pour développer le dispositif de l’organisation dans le domaine de l’aide humanitaire. Enfin, mais ce n’est pas le moindre de ses succès, il convient de noter le rôle de la Norvège dans le cadre des travaux de l’ONU sur les problèmes écologiques au niveau global et l’état des ressources mondiales. De 1983 à 1987 Mme Gro Harlem Brundtland, ancien Premier ministre norvégien, a présidé la Commission mondiale pour l’environnement et le développement, créée sous l’égide de l’ONU. Les travaux de la Commission ont débouché sur la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, tenue à Rio en 1992. Dans ce domaine, le Gouvernement norvégien a plus particulièrement œuvré pour parvenir à une coopération internationale plus contraignante sur les problèmes liés à l’environnement et au développement.

La coopération économique internationale

En ce qui concerne la coopération économique internationale, le Gouvernement norvégien a joué un rôle dynamique dans l’instauration d’un régime commercial fondé sur des règles contraignantes. En tant que petit pays ayant des intérêts considérables en matière d’exportation, la Norvège est favorable à un commerce international plus ouvert qui s’inscrive dans le cadre d’une réglementation multilatérale. Ce souhait n’est pas uniquement dicté par ses intérêts dans le domaine des échanges commerciaux, mais aussi par ses intérêts en matière de transport, la Norvège comptant en effet parmi les plus grandes nations maritimes du monde. Toutefois, le transport de fret par la flotte norvégienne concerne aujourd’hui pour l’essentiel des trajets entre pays tiers, et, de ce fait, il dépend d’un libre accès aux marchés étrangers.

Les autorités norvégiennes participent activement à des forums de coopération économique tels que l’OCDE et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’importance pour la Norvège d’occuper un siège à l’OCDE n’a fait que croître, du fait du rôle de cette organisation pourvoyeuse d’une documentation économique qui est fondamentale pour l’élaboration de la politique norvégienne. L’OMC fait figure de gestionnaire d’une réglementation multilatérale centralisée en matière de commerce international, et, dans la mesure où elle peut contribuer à l’instauration d’un système commercial plus ouvert et plus prévisible, la poursuite de ses travaux tendant à l’élimination des droits de douane et des obstacles commerciaux non tarifaires est capitale pour la Norvège.

L’aide au développement et les droits de l’Homme

Parallèlement à son action en faveur d’un commerce international plus équitable, la Norvège a cherché à contribuer à atténuer certains des défauts du système actuel grâce à une politique d’assistance active. La Norvège s’est distinguée au niveau international par sa contribution massive à l’aide au développement et à l’aide humanitaire. Elle a notamment été l’un des plus gros contributeurs au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), au Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), au Fonds des Nations Unies pour l’aide à l’enfance (UNICEF) et à l’aide internationale aux réfugiés. La Norvège a en outre œuvré par le biais d’autres organisations internationales et nationales, ainsi que par celui de la coopération avec un nombre restreint de principaux pays bénéficiaires – 12 en tout, dont une majorité de pays africains.

L’aide norvégienne au développement a toujours eu pour but de contribuer à l’amélioration durable des conditions de vie économiques, sociales et politiques de la population des pays en développement. Simultanément, l’objectif poursuivi a toujours été la promotion de droits humains fondamentaux en matière économique et sociale. L’action en faveur de l’amélioration de la protection internationale de l’individu et des groupes de populations en péril – dont les réfugiés – se trouve au centre des préoccupations norvégiennes. À la fin des années 1990, le développement de la démocratie et le soutien aux processus de paix ont également acquis une place croissante au sein de l’aide norvégienne.

La coopération bilatérale

Les relations bilatérales ont une importance déterminante pour permettre à la Norvège d’atteindre les principaux objectifs de politique étrangère qu’elle s’est fixés. La Norvège se situant par bien des aspects en dehors du processus d’intégration européen, il est important pour elle de promouvoir ses intérêts et ses points de vue vis-à-vis de l’UE par le biais de contacts avec chacun de ses États membres, à commencer par les pays nordiques. De même, les relations bilatérales avec les États-Unis continueront de jouer un rôle central dans la réflexion norvégienne en matière de politique de sécurité. La Norvège devra également accorder une importance particulière à ses relations de voisinage avec la Russie, surtout pour ce qui est de l’environnement et de l’exploitation des ressources maritimes. La Norvège entretient des relations étroites avec tous les pays précités, et ce à tous les niveaux.

Dans le domaine de l’engagement bilatéral, il convient également de souligner le rôle de la Norvège comme médiateur international dans divers conflits internes. Par le biais de la ´ filière d’Oslo ª, la Norvège a conseillé Israël et l’OLP lors des négociations secrètes qui ont débouché sur les accords d’Oslo en 1993, et sur la reconn la reconnaissance réciproque de l’État hébreu et de l’OLP qui s’en est suivie. La Norvège a aussi servi d’intermédiaire lors des négociations de paix au Guatemala et au Sri Lanka.

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA NORVÈGE À LA FIN DU XXe SIÈCLE

En introduction, nous avons souligné le fait que pendant une grande partie du XXe siècle la politique étrangère de la Norvège avait été marquée par l’antinomie entre un courant ouvert sur l’extérieur et un courant plus isolationniste. Bien que jusqu’à présent la Norvège ait choisi de se tenir à l’écart des aspects les plus contraignants du processus d’intégration européenne, l’évolution de la politique étrangère norvégienne s’est à bien des égards éloignée du courant isolationniste : la Norvège ne peut plus se contenter de se suffire à elle-même. À l’aube d’un siècle nouveau, le principal clivage n’oppose donc plus une politique d’ouverture à une politique isolationniste, mais porte sur le fait de savoir si la politique étrangère norvégienne doit mettre l’accent sur la sécurité ou sur l’engagement humanitaire.

D’un côté, on rencontre la réflexion traditionnelle sur la sécurité, liée à la dimension transatlantique, à la coopération au sein de l’OTAN et un rapprochement de l’UE. De l’autre, on rencontre la politique dite d’engagement, qui se fonde sur l’idée que la Norvège est une grande puissance humanitaire. Ceci implique que l’aspect moral l’emporte sur l’aspect politique, et que les intérêts nationaux sont subordonnés au combat en faveur des droits de l’Homme, de l’avènement de la démocratie, du développement et de l’environnement. Les changements importants et rapides intervenus sur la scène internationale exigent de la Norvège une flexibilité sans cesse accrue dans l’utilisation des ressources qu’elle consacre à sa politique étrangère. Il est vraisemblable que dans les années à venir, le conflit entre réalisme et idéalisme, agissant comme élément moteur de la politique étrangère norvégienne, dominera le débat relatif aux priorités de la Norvège en matière de politique étrangère.

M. Helge Blakkisrud, auteur de cet article, est directeur du Centre d’études sur la Russie auprès de l’Institut norvégien de politique étrangère (NUPI).

Élaboré par Nytt fra Norge pour le Ministère royal des Affaires étrangères en mai 2000. L’auteur est seul responsable du contenu de cet article. Reproduction autorisée.

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